es-Henri Lacroix : les boules une passion pour peu de ronds !

18.04.2020

Article VAR MATIN de 2011

interview

De mémoire, vous connaissez votre palmarès ?

Sept fois champion du monde, dix titres nationaux à pétanque et trois au jeu provençal. Pour les concours, c'est impossible.

Beaucoup ne vous connaissent pas ce goût pour la longue...

En général, je fais deux concours par an et les qualifs pour les nationaux. En l'absence de compétition relevée à pétanque, je suis venu à Draguignan.

Pourquoi Draguignan ?

Jean-Michel Raffalli et Gérard Tavitian, avec qui je joue, sont des amis. Le travail de Jean-Michel au sein de l'ABCD est formidable (Henri Lacroix est parrain de l'école de boules, Ndlr).

Ce club va devenir l'une des associations phares du département.

Quant au jeu provençal, ça change un peu. Les repères ne sont pas les mêmes. Par contre, jouer à la longue en juillet-août pendant trois ou quatre heures en plein cagnard, ça me plaît beaucoup moins !

Vous êtes joueur professionnel ?

Certainement pas. Je travaille au service des sports à Hyères. J'y étais ce matin encore ! Les boules,

ça m'apporte un petit plus.

Les gens fantasment beaucoup sur nous.

Mais vous êtes multi-champion du monde et devez avoir des contrats de pub avec les sociétés

qui vendent des boules ?

Un titre de champion du monde, c'est 1 000 euros pour toute l'année ! Quant aux grands concours, tu ne gagnes que quelques centaines d'euros car on partage en demi-finale la plupart du temps. Pour la Marseillaise, c'est 400 euros par tête pour cinq jours de jeu. Si on enlève les faux frais, autant dire qu'il ne reste rien ! Quant aux contrats de pub, ils ne sont pas bien gros, croyez-moi.

Les boules ne vous rapportent donc rien ?

Mon rêve, c'est d'avoir une maison avec ma femme et mes deux enfants. Je vis en HLM aujourd'hui. Les boules, c'est d'abord une passion,

je ne joue pas pour l'argent.

Bien sûr, mon statut offre quelques avantages comme le défraiement de l'hôtel quand on souhaite

ma présence.

Par ailleurs, comme mon ami Philippe Quintais, j'ai lancé une ligne de vêtements Henri Lacroix, avec Thierry Terreno. Mais je n'en vis pas.

Pas de kilos d'or comme ça se dit ?

Des médailles. J'ai dû en gagner une quarantaine dans toute ma « carrière ». Pas de quoi devenir riche !

Votre épouse ne dit rien de vos nombreuses absences ?

Mon loisir nous apporte quelques petits plus comme la possibilité de voyager. Nous allons partir une semaine à Ibiza et une quinzaine de jours en Corse.

Vous défendrez votre titre au 2e National à pétanque de Draguignan, du 2 au 5 juin ?

Oui, avec un grand plaisir. D'autant plus que le plateau s'annonce encore plus relevé que l'année dernière et qu'il y aura plus d'équipes. Je crois pouvoir vous dire qu'il y aura une deuxième équipe de France...

Vous jouez avec quelles boules ?

Des ATX, Obut, 680 grammes et 74 de diamètre.

On aurait bien poursuivi. Mais J.-M. Raffali rappelle le champion à l'ordre : la seconde partie est déjà sur le gaz ! Elle n'aura pas l'issue attendue.


Le petit homme au regard engageant, à l'humeur joviale, se fond dans la masse comme si de rien n'était. Paraît tel le quidam, jusqu'à ce qu'un gamin lui tende timidement un papier pour qu'il le paraphe. Rien qui ne laisse deviner qu'il est une star dans le milieu bouliste. Bien au-delà des sablés hexagonaux.

Henri Lacroix est une horloge suisse. D'une précision millimétrique tant pour pointer que pour tirer. Ce qui l'érige sans doute comme le meilleur « milieu » de la planète mais aussi parmi les plus grands de l'histoire à pieds tanqués.

Pensionnaire du DUC Nice avec son pote de toujours, Philippe Quintais, le plus gros palmarès mondial, le Hyérois Lacroix bat en brèche pas mal d'idées reçues. Et révèle ce paradoxe que le sport le plus populaire ne nourrit même pas ses champions. Quoi que l'on en pense...

Entre deux portes, juste avant de chuter lors de la seconde partie, au grand dam de ses indéfectibles aficionados, Henri Lacroix s'est volontiers prêté au jeu des questions-réponses.


Champion du monde, c'est 1 000 euros à l'année !